30ème dimanche de l’année liturgique

Matthieu 22, 34 – 40      Le texte  (Les expressions en italiques sont plus proches de l’original que le missel)

Les pharisiens apprenant que Jésus avait muselé les sadducéens, se réunirent. Et l’un d’eux, un légiste, lui posa une question pour le tenter (1): « Maître, dans la Loi, quel est l’objectif visé (2) ? »  Jésus lui répondit : « Tu aimeras (3) le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit. Voilà le grand, le premier commandement. Et voici le second, qui lui est semblable : tu aimeras (3) ton prochain comme toi-même. A ces deux commandements, toute la loi et les prophètes sont suspendus. »

(1) Tenter ou mettre à l’épreuve. Ses adversaires essaient de faire chuter Jésus, comme Satan au désert.

(2) Cette question revient à ceci : « Dans l’Alliance, dans la Loi, pour vivre l’Alliance, quel est l’objectif principal à viser ? »

(3) Dans les deux cas, Jésus utilise le verbe « agapao », c’est-à-dire aimer jusqu’au bout, jusqu’à donner sa vie. 

L’homélie

Il y avait 613 préceptes ou commandements en Israël. On comprend que des responsables religieux se soient posé la question de savoir s’ils étaient tous d’égale importance. Pour Jésus, et aussi pour plusieurs légistes, un commandement surpassait tous les autres : Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit. Mais Jésus est seul à y ajouter une suite : le second commandement lui ressemble. C’est-à-dire qu’il est tout aussi essentiel : tu aimeras ton prochain comme toi-même ! Et il conclut : « Tout ce qu’il y a dans l’Ecriture – dans la loi et les prophètes – est suspendu à ces deux commandements. » Tout !

Dans sa première lettre, saint Jean écrit la même chose avec encore plus de force : Si quelqu’un dit : « J’aime Dieu » et qu’il déteste son frère, c’est un menteur ! Et il commente : en effet celui qui n’aime pas son frère, qu’il voit, ne peut pas aimer Dieu qu’il ne voit pas (1). Oui, pour Jean : si l’essentiel est d’aimer Dieu, il est impossible d’aimer Dieu sans aimer autrui.  Et donc tous les autres commandements viennent après. Tous ! Et surtout les règlements nombreux sur le culte, les sacrifices, la prière, comme pour les chrétiens la pratique des sacrements, l’eucharistie. Dans les années 30, on donnait un sobriquet aux catholiques français. On les appelait : les « Talas », ceux qui vont « tala » messe ! C’est à cela qu’on les reconnaissait. Encore aujourd’hui, les statistiques de l’Eglise portent uniquement sur la pratique sacramentelle. Bien sûr, il est impossible de faire des statistiques sur la qualité de l’amour de Dieu et du prochain. Toutefois, aux premiers temps de l’Eglise, on reconnaissait les chrétiens à leur amour mutuel : « Voyez comme ils s’aiment », disait-on.

Mais reste une question essentielle : c’est quoi aimer ? C’est quoi aimer quelqu’un qui m'a fait du mal ? Pour un soldat ou un résistant en temps de guerre, c’est quoi aimer ? C’est quoi aimer mon conjoint qui papillonne ?  C’est quoi aimer une personne injuste ou mensongère ? C’est quoi aimer quelqu’un qui, sous mes yeux, fait du mal à un enfant ou à une personne handicapée ? Et donner la pièce à un pauvre est-ce vraiment l’aimer ? Questions combien difficiles, auxquelles seule la conscience peut répondre ! Disons un petit mot sur celle-ci.

Depuis Jésus, on enseigne dans l’Eglise, et ce fut confirmé par le Concile, que la conscience passe avant toutes les lois de l’Eglise ou de la société. Avant toutes les lois ! Ainsi, quand nous avons à choisir entre deux attitudes, s’il importe de me demander ce que dit la loi à ce sujet, il y a surtout à me demander : que me dit ma conscience ? En d’autres mots : à quoi m’appelle Jésus maintenant, vu mes limites ? Pour entendre la réponse de ma conscience, qui n’est jamais évidente, il faut m’imposer une vraie réflexion, demander conseil à des personnes de confiance, prier. Car, bien sûr, ma conscience n’équivalent pas à mes caprices. En tout cas, on a régulièrement enseigné dans l’Eglise que ce que dit ma conscience prime toute loi (2)

Bien sûr, je dois baser ma conscience sur les Dix Paroles de Moïse (3) et tant de Paroles de Jésus. Toutes invitent à mettre en premier le respect d'autrui. Prenons un exemple actuel : l'interdiction par l’autorité de l’Eglise aux personnes divorcées remariées de communier ou de se confesser ! Devant cette interdiction, les personnes concernées ont donc le devoir, selon cette Tradition de l’Eglise, de s’interroger en conscience. Avec comme conséquence soit de me conformer à cette loi, soit de donner priorité à ma faim de rencontrer Jésus dans le pain eucharistique, au désir d’y conduire les enfants, etc. Le cardinal Danneels a répété à ses prêtres qu’ils ne pouvaient refuser la communion à des personnes qu’ils savaient divorcées remariées. Pour la seule raison qu’ils ignoraient  ce qu’elles avaient décidé en conscience. 

 (1) 1 Jean 4, 20.

(2) Mais cela n’a a jamais été facile de décider soit d’observer une loi, soit de la transgresser. Car personne ne peut décider à ma place, que j’ai fait des études ou non...

(3) Ou les 10 commandements de Moïse qui invitent à respecter l'autre, s'abstenant d'attenter à sa vie,  sa sexualité, ses  biens, de toute convoitise.

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