21ème dimanche ordinaire

Le texte. (Jn 6, 60 – 69)

 (Les mots en italique sont plus proches de l’original que les mots du missel.)

Jésus avait dit dans la synagogue de Capharnaüm : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle. » Beaucoup de ses disciples, qui avaient entendu, s’écrièrent : « Cette parole est dure, qui peut l’écouter ! » Jésus connaissait par lui-même ces murmures des disciples. Il leur dit : « Cela vous scandalise ? Et si vous voyiez le Fils de l’homme monter là où il était auparavant ?... C’est l’esprit qui fait vivre, la chair n’est capable de rien (1). Les paroles que je vous ai dites sont esprit et elles sont vie. Mais il y en a parmi vous qui ne croient pas. » Jésus savait en effet depuis le commencement qui étaient les non croyants, et qui le livrerait. Il ajouta : « Voilà pourquoi je vous ai dit que personne ne peut venir à moi si cela ne lui est pas donné par le Père. » A partir de ce moment, beaucoup de ses disciples se retirèrent et cessèrent de marcher avec lui. Alors Jésus dit aux Douze : « Voulez-vous vous aussi vous retirer ? » Simon Pierre lui répondit : « Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle. Quant à nous, nous avons cru et nous avons connu que tu es le Saint de Dieu. »

 (1) En opposant la chair et l’esprit, Jésus ne distingue pas entre deux parties de l’être humain. Celui-ci forme un tout inséparable. Dans la culture hébraïque, on n’imagine pas un corps sans esprit ni un esprit sans corps. Dire que « ’homme est un composé d’une âme immortelle et d’un corps mortel » est une ineptie pour les Juifs. C’est un des points où l’Eglise a préféré suivre la culture grecque, qui affirmait cela, contrairement  à la culture juive... Or, au catéchisme, on nous a enseigné la culture grecque...  En opposant donc chair et esprit, Jésus décrit deux « manières d’être ». A l’époque, la chair c’était l’être humain qui ne compte que sur lui et est donc limité, tandis que l’esprit c’était ce qui ouvre les yeux à l’être humain et lui permet d’entrer dans le sens des paroles de Jésus.

L’homélie.

Nous voici à la dernière partie du discours de Jésus sur le Pain de Vie. Avec cette énorme surprise que la réaction négative aux paroles de Jésus ne vient pas de pharisiens mais de ses propres disciples ! Elle vient de ses amis. Mais parmi ceux-ci, certains calent : « Cette parole est dure. » En fait, ce sera à tout moment que le repas eucharistique fera difficulté.

Pour plusieurs raisons :

1/ Pour rencontrer pleinement Jésus ressuscité, il faut passer par un repas où très concrètement on mange et boit ensemble (1)

 2/  Ce geste de manger ensemble engage plus qu’une pensée isolée. De plus c’est au cours de la Cène que Jésus a invité ses disciples et donc nous aussi à mettre nos pas dans les siens. Et donc à vivre comme lui à contre-courant d’une société qui, comme toutes les sociétés, met à la dernière place les « petits » et les pauvres. Qui sont pourtant les préférés de Jésus. Vivre en mettant les « petits » à la première place exige une lutte de chaque instant, jamais finie. Les tentations de la richesse et du pouvoir, qui ont touché Jésus, continueront à toucher les chrétiens et surtout ceux qui auront une autorité.

 

3/  A la fin du premier siècle, époque où est paru l’évangile de Jean, beaucoup de chrétiens croyaient que ce qui est matériel est mauvais, péché. Pour eux donc, impossible que Jésus ait été un homme, avec un corps. Ni qu’on puisse le rencontrer dans du pain et du vin. Or tout sacrement de l’Eglise a un support matériel. Pour eux, on ne pouvait donc rencontrer Jésus que dans la prière (2). Heureusement cette « hérésie » a disparu mais revint au Moyen Age. Pour ces trois raisons donc (manger ensemble - s’engager dans un repas à vivre comme Jésus - l’aspect matériel du pain et du vin) la plupart des chrétiens ont très tôt cessé de communier et cela jusqu’au 19e siècle... Communier régulièrement comme on le fait aujourd’hui, cela remonte à une centaine d’années ! Aussi curieux que cela paraisse. De nos jours, est venue s’ajouter une quatrième raison. La culture latine a cessé d’être dominante, d’avoir sens pour quasi tout le monde. Dans notre société en effet, à la différence de l’Afrique noire ou de l’Amérique Latine, se côtoient des cultures diverses, déjà par les âges. Il est donc devenu impossible de rendre un rite significatif pour tous les participants à une messe.

Pour qu’une célébration de la messe puisse réunir par exemple des jeunes et des moins jeunes et avoir du sens pour tous, il faut le vouloir. A Taizé, les moines ont beaucoup travaillé leur liturgie et la plupart des participants y ont l’esprit jeune. A certaines funérailles ou pour des événements forts, quand les participants sont, par leur émotion, sur la même longueur d’onde, la liturgie peut avoir du sens pour la plupart. A Monstreux, ma paroisse, nous sommes quasi tous âgés et nous avons eu un curé merveilleux. Et donc nous aimons nos messes...

Soyons enfin attentifs à ceci que pour faire comprendre le sens du repas de Jésus, les évangélistes sont partis du « partage du pain ». L’esprit de partage fait intégralement partie du sens de la messe (3) ! C’est un peu oublié. Enfin l’autorité si elle souhaite voir de nombreux jeunes à nos messes, devrait encourager la recherche de types des liturgies qui aient sens pour eux aussi (4). Mais c’est le contraire qui se passe...

(1) Même si par un respect (?) mal placé, l’autorité de l’Eglise a réduit ce « repas » au strict minimum...

(2) Ainsi l’hérésie cathare au Moyen Age. Le corporel était mauvais, un péché. S’il faut regretter la férocité de la répression, reconnaissons que cette hérésie menaçait le sens même de la vie chrétienne. C’est pour combattre ce courant, déjà présent à la fin du premier siècle, que le dernier rédacteur du quatrième évangile a ajouté deux faits absents des autres évangiles. Il l’a fait pour montrer que Jésus avait bien un corps : 1/ dans cet évangile, c’est Jésus qui porte sa croix et non Simon de Cyrène, 2/ le coup de lance dans sa poitrine.

(3) Et donc la collecte fait partie intégrante de la messe !

(4) Rome et beaucoup d’évêques veulent ignorer que certaines désobéissances au rituel romain de la messe ne se font pas pour le plaisir mais dans l’intention de rendre la messe plus accessible à tous, malgré les différences de culture...Il n’y a jamais eu dans ce sens le moindre encouragement officiel...

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