Dimanche des Rameaux

Imprimer

Le texte : lire Luc 22, 14 à Luc 23, 56

Nous ne reproduisons pas le texte vu sa longueur. Voici un lien vers le texte + sélectionner 'Messe de la Passion' ensuite 4ème ligne 'Évangile'.

1/        Chaque année, le dimanche des Rameaux, nous écoutons la passion de Jésus.  Cette année, nous la lisons en Luc. Celui-ci se plaît à souligner les gestes et paroles qui reflètent la tendresse de Jésus et donc la tendresse  de Dieu.  Voici les grandes lignes de ce récit.   

2/        Tout commence par la dernière Cène.  Saint Luc rapporte ce scandale que, juste après avoir communié, les apôtres, les futurs responsables qui « siégeront sur des trônes pour juger les 12 tribus d’Israël », en viennent à se disputer sur celui d'entre eux qui est le plus grand !  Pénible scène, qui n’est pas la première dans le genre. Jésus y met fin par ces mots : « Lequel est le plus grand, celui qui est à table ou celui qui sert ?  N'est-ce pas celui qui est à table ?  Or, moi, je suis au milieu de vous à la place de celui qui sert. »  Jésus se présente ainsi aux disciples comme le « Serviteur » (1) !   

3/        Peu après, il s'adresse à Pierre : « Simon, Simon, Satan vous a réclamé pour vous secouer comme on secoue du blé dans un crible. » Oui, le triple reniement sera une fameuse secousse pour Pierre.  Mais Jésus, qui ne lui fait aucun reproche, ajoute : « Mais moi j'ai prié pour toi afin que ta foi ne disparaisse pas. »  Emouvante prière de Jésus pour Simon Pierre qui juste après en est encore à se vanter que pour Jésus il irait jusqu’à la mort.

4/        La prière d'agonie, prière combien intense, commence par exprimer ce que, comme n’importe quel être humain, Jésus souhaite du plus profond de lui-même : « Père, si tu veux, éloigne de moi cette coupe (= cette abominable souffrance) ». Aussitôt après, il se reprend : « Pourtant que ce ne soit pas ma volonté mais la tienne qui se réalise. » La volonté de Dieu n'est évidemment pas que Jésus meure (« pour payer notre rachat », comme l’Eglise l’a si longtemps prêché) mais qu'il continue à envers et contre tout témoigner que l'amour de Dieu n'est pas réservé à une soi-disant « élite ». Non, cet amour s'adresse à toutes et tous, avec une priorité pour les pécheurs, les exclus, les petits.  Pendant ces moments essentiels pour Jésus, les apôtres dorment !  Quel avertissement à l’Eglise face aux souffrances de l’humanité !

5/        Jusqu'ici, les autorités ont plus ou moins laissé faire Jésus. Maintenant elles optent pour la répression. Faire la volonté du Père va donc signifier pour lui : continuer à témoigner de la tendresse de Dieu même si les autorités l’en empêchent par la violence.  N’oublions jamais que ce sont des membres des autorités romaine et juive de l’époque qui ont tué Jésus. En aucun cas Dieu, ni le « peuple » juif, dont Luc note régulièrement l’estime pour Jésus.

6/        Judas connait à Jérusalem, un des refuges de Jésus pour la nuit. C'est un jardin, au mont des Oliviers. Son nom : Gethsémani c’est-à-dire pressoir à huile. Dans l’obscurité, il y conduit des gens armés et il leur désigne Jésus par un baiser... Jésus met alors Judas devant l’énormité de son geste : « Judas, c'est par un baiser que tu livres le Fils de l'homme !»  Aucune colère, aucune menace, mais, avec une étonnante maîtrise de soi, il met Judas devant sa responsabilité. N’est-ce pas le meilleur moyen d’aider quelqu’un à se reprendre ?

7/        Quant au reniement de Pierre. Luc est le seul à relever que juste après celui-ci et le chant du coq, le Seigneur se retourne et pose son regard sur Pierre.  Oui, à ce moment, leurs regards se croisent et ce que voit Pierre dans les yeux de Jésus n’est rien d’autre qu’une immense tendresse. Bouleversé, il éclate en sanglots.

8/         Se déroule alors le premier procès de Jésus, le procès religieux devant le grand Conseil. Il se termine très rapidement par une condamnation à mort. Mais pour que Jésus soit crucifié, il faut aussi la condamnation du tribunal civil. Mais Pilate essaie de sauver Jésus et ce n'est qu'après avoir résisté à trois reprises, qu'il finit par céder. Notons l’habileté ou plutôt le mensonge des autorités religieuses. Elles cachent à Pilate leurs vraies raisons d’abattre Jésus, qui sont uniquement religieuses, et à son intention inventent des raisons politiques.

9/        Commence le « chemin de croix » dont on ne connaît pas le tracé. A ces douloureux moments de leur « ami », les apôtres sont singulièrement absents. Jésus n'est plus entouré que de haine. Une fois en croix (2), les tentations des débuts reprennent quasi identiques : si tu es le Messie, fais un miracle ! Trois de ses paroles en croix sont propres à Luc. Tout d'abord, deux paroles qui renvoient clairement à la tendresse du Père. La première est une prière : « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu'ils font. » Elle est capitale mais si difficile cette distinction que fait Jésus entre les personnes et le mal qu’elles ont commis. Celui-ci est impardonnable mais pas les personnes. La deuxième s’adresse au malfaiteur qui vient de le supplier : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume ». Jésus lui répond : « En vérité, je te le dis, aujourd'hui, tu seras avec moi dans le paradis. » Quant à sa troisième parole, c’est une prière qui résume sa vie : « Père, entre tes mains, je remets mon esprit. »

10/      Jésus a-t-il à peine expiré que germent de petites pousses de vie. Il y a la présence jusqu’au bout de quelques vrais amis, dont des femmes. Il y a l’acte de foi du centurion. Il y a enfin le courage de Joseph d’Arimathie, qui ne craint pas de demander à Pilate le corps de Jésus. Il le détache alors de la croix et lui donne un sépulcre neuf.

Contre toute apparence, la mort n’a pas le dernier mot. Une force irrésistible soulèvera la pierre qui ferme la tombe.

11/      Dans son récit de la passion,  Luc nous montre un Dieu qui, comme Jésus n’a cessé de le révéler, est :

un Dieu proche des êtres humains, à leur service,

un Dieu qui s'émeut devant le désarroi de Pierre, ne le juge pas et le regarde avec tendresse,

un Dieu encore qui avec douceur nous met devant nos responsabilités,

un Dieu qui ne pardonne pas le mal mais ceux qui le commettent, ce que Judas ne peut croire,

un Dieu qui promet son Royaume à un meurtrier. 

C'est ce Dieu là que nous essayerons de découvrir davantage tout au long de cette semaine.

(1) Le « Serviteur de Yahwéh » est ce mystérieux personnage qui apparaît dans les « Chants du Serviteur » du prophète Isaïe en 42, 1 – 4 ; 49, 1 – 3 ; 50, 4 – 7 et 52, 13 – 53, 12. Dans le dernier « Chant » surtout, en 53, 11, il est question de sa mission: il apportera le bonheur au monde mais à quel prix ! Ces Chants du Serviteur ont particulièrement aidé les disciples à admettre la fin inadmissible de Jésus. D’autant que Jésus a été Serviteur de son peuple et particulièrement des « petits » non seulement aux dernières heures de sa vie mais dès les débuts.

(2) La torture de la croix est une invention orientale reprise par les Romains. Ils la réservent aux grands criminels étrangers. Elle commence par la flagellation, tellement dure que le condamné pouvait en mourir. Elle se continue par, jusqu’au lieu du supplice, le portement de la poutre horizontale de la croix, l’autre poutre, pas plus haute que la taille d’un homme, restant plantée en terre. Jean est le seul évangéliste à noter que c’est Jésus lui-même qui a porté la croix (*). Les autres, dont Luc, parlent d’un passant réquisitionné, Simon de Cyrène.

Au lieu du supplice, les soldats attachent (clouent ou lient) les deux poignets à chaque bout de la poutre horizontale qu’ils fixent alors à la poutre verticale. A celle-ci sont attachés les pieds. Au-dessus du condamné, une petite pancarte avec le motif de la condamnation. Ce supplice peut durer plus de deux jours. Il consiste en un effort douloureux pour soulager les bras en poussant sur les pieds, et l’inverse.

Les Romains ont prévu deux «adoucissements» : une espèce de gros clou fixé sur la poutre verticale qui permet au condamné d’être quelque peu à cheval, et une ou l’autre gorgée de mauvais alcool. En fait, ces adoucissements servent surtout à prolonger la souffrance.

Quand l’officier de garde estime qu’il est temps d’achever un crucifié, un soldat lui casse les deux jambes. Tout le poids du corps tire alors sur les poignets. Et quasi immédiatement, le condamné meurt asphyxié par la tétanie des muscles de la poitrine.

Uniquement chez Jean (*), le soldat ne casse pas les jambes de Jésus mais, de sa lance, lui perce la poitrine.

(*) A la fin du premier siècle, date de la parution du 4e évangile, une hérésie prenait déjà de l’ampleur. Elle affirmait qu’il est impossible que Jésus ait été à la fois Fils de Dieu et à la fois un être humain à part entière. D’où l’hérésie : le Fils de Dieu n’était pas un homme mais il a fait semblant de l’être.  Aussi le 4e évangile insiste-t-il sur la réalité du corps de Jésus : il a porté la croix et il fut transpercé. Hérésie est un mot grec qui signifie : choix.