le texte Jn 13, 1-15
Avant la fête de la Pâque, sachant que l’heure était venue pour lui de passer de ce monde à son Père, Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout.
Au cours du repas, alors que le diable a déjà mis dans le cœur de Judas, fils de Simon l’Iscariote, l’intention de le livrer,
Jésus, sachant que le Père a tout remis entre ses mains, qu’il est sorti de Dieu et qu’il s’en va vers Dieu, se lève de table, dépose son vêtement, et prend un linge qu’il se noue à la ceinture ; puis il verse de l’eau dans un bassin. Alors il se mit à laver les pieds des disciples et à les essuyer avec le linge qu’il avait à la ceinture.
Il arrive donc à Simon-Pierre, qui lui dit : « C’est toi, Seigneur, qui me laves les pieds ? »
Jésus lui répondit : « Ce que je veux faire, tu ne le sais pas maintenant ; plus tard tu comprendras. »
Pierre lui dit : « Tu ne me laveras pas les pieds ; non, jamais ! » Jésus lui répondit : « Si je ne te lave pas, tu n’auras pas de part avec moi. »
Simon-Pierre lui dit : « Alors, Seigneur, pas seulement les pieds, mais aussi les mains et la tête ! »
Jésus lui dit : « Quand on vient de prendre un bain, on n’a pas besoin de se laver, sinon les pieds : on est pur tout entier. Vous-mêmes, vous êtes purs, mais non pas tous. » Il savait bien qui allait le livrer ; et c’est pourquoi il disait : « Vous n’êtes pas tous purs. » Quand il leur eut lavé les pieds, il reprit son vêtement, se remit à table et leur dit : « Comprenez-vous ce que je viens de faire pour vous ? Vous m’appelez “Maître” et “Seigneur”, et vous avez raison, car vraiment je le suis. Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous.
Commentaire (reconstitué) d'Henri Weber :
Ce soir, nous fêtons l'anniversaire d'un événement extraordinaire. Il y a bien longtemps, nos ancêtres (en religion - NdP), les Hébreux, étaient venus se réfugier en Égypte, tout simplement pour avoir à manger. C'est pour la même raison que bien des réfugiés de pays pauvres viennent aujourd'hui chez nous, dans les pays riches. Bien accueillis au début, les Juifs subirent un enfer de plus en plus épouvantable. Les Égyptiens en avaient fait leurs esclaves, leur imposant les travaux les plus lourds, les travaux qu'aucun Égyptien ne voulait faire. Mais, un jour, comme ils allaient fêter la Pâque, c'est-à-dire le retour du printemps, Moïse, leur annonça quelque chose d'extraordinaire. Écoutons ce récit.
"Voici ce que vous ferez, dit Moïse au peuple. Chaque famille prendra un agneau nouveau-né et, au coucher du soleil, elle le sacrifiera. Ensuite elle mangera cet agneau nouveau-né avec des pains sans levain et des légumes tout jeunes. Cette année, ils mangeront d'une manière spéciale : la ceinture aux reins, les sandales aux pieds et le bâton à la main. C'est-à-dire : prêts à prendre la route ! Aussi devront-ils manger en toute hâte ! Cette nuit, en effet, ils sortiront du pays d'Égypte. Ils seront enfin un peuple libre."
Rappelons-nous donc, durant ces jours de Pâques, les Juifs fêtent aujourd'hui encore, deux choses : le printemps c'est-à-dire la nature qui reprend vie, et la libération de leur esclavage. Quant aux chrétiens, ils reprennent ces traditions juives en y ajoutant un élément nouveau : la mort criminelle de Jésus, l'Agneau de Dieu.
Mais avant cela, rappelons l'essentiel de sa vie. Depuis deux ans, il annonçait la bonne nouvelle que Dieu est notre Père, qu'il nous aime toutes et tous sans exception, quelles que soient notre race, notre couleur de peau, notre culture, notre conduite passée. Il annonçait cela par des gestes et des paroles qui donnaient à tous une espérance nouvelle. Il annonçait en effet cette bonne nouvelle d'un Dieu Père à un peuple juif figé dans une religion devenue sclérosée, dure, sans plus aucun signe de la compassion de Dieu.
Une religion qui cloisonnait l'humanité entre bons et pécheurs, purs et impurs, en bonne santé et malades ou handicapés, entre hommes et femmes, membres du peuple élu et tous les autres, etc. On comprend que cette bonne nouvelle d'un Dieu Père de l'humanité entière fut très mal reçue et même combattue par les autorités religieuses.
Un jour, Jésus prit la décision de monter à Jérusalem pour que là aussi, au centre sacré de la religion juive, cette bonne nouvelle soit annoncée. Mais à Jérusalem, en plus des scribes et pharisien, il y avait les grands prêtres qui dirigeaient le peuple juif d'une main de fer. Aussi les responsables de la religion juive prirent-ils la décision de faire taire ce "blasphémateur". Définitivement !
Paradoxe. Cette décision est prise au moment de la Pâque, cette fête qui, rappelons-le, évoquait justement pour les Juifs la victoire de la vie et de la liberté... C'est pendant cette fête donc que Jésus est assassiné et, c'est notre foi, c'est pendant cette fête qu'il ressuscitera. Dès lors, pour nous chrétiens, Pâques est devenue non seulement ce qu'elle est toujours pour les Juifs mais aussi, grâce à Jésus, la victoire définitive de la liberté et de la vie sur les forces du Mal. Désormais, c'est notre foi et notre espérance, plus aucune pierre ne sera assez lourde pour enfermer quiconque dans la mort.
Ce soir est donc venu le moment où Jésus s'adresse à ses amis pour la dernière fois. Aussi, va-t-il insister sur quelque chose de tout à fait fondamental qu'ils ne devront jamais oublier. Jésus craignait en effet que dès qu'il serait parti, bien de ses disciples, ceux qui voudront perpétuer son message, ne penseront plus qu'à y chercher les premières places, à s'emparer du pouvoir, à dominer. C'est tellement humain. Ce serait dommage que cela arrive a son Église.
C'est pourquoi, ce soir, l'Église nous propose d'écouter ce passage de l'évangile de saint Jean qu'on appelle 'le lavement des pieds'.