Le texte Jean 13, 31- 35
Lorsque Judas fut sorti, Jésus déclara : « C’est maintenant que le Fils de l’Homme est glorifié et que Dieu est glorifié en lui. Aussi Dieu va-t-il lui faire partager sa Gloire, et il le fera bientôt.
Mes petits enfants, je suis encore avec vous pour très peu de temps. Vous me chercherez et, comme je l’ai dit aux Juifs, je vous le dis maintenant : vous ne pouvez pas venir où je vais. Je vous donne ce commandement nouveau : aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. Ayez de l’amour entre vous : c’est ainsi que tout le monde reconnaîtra que vous êtes mes disciples ».
L’homélie
La gloire d'un Louis XIV, c'est sa puissance politique et culturelle. La gloire d'un architecte au Moyen-âge, c'est la cathédrale qu'il a construite. La gloire d'un savant, c'est de trouver les causes d’une maladie et d’en trouver le remède. Etc. Et la gloire de Dieu ? Dans le quatrième évangile, ce mot revient souvent dans la bouche de Jésus. De quoi s'agit-il ?
Posons la question autrement : où et quand, dans sa vie publique, Jésus a-t-il le plus reflété la gloire de Dieu, l'a-t-il glorifié ? Pour le 4e évangile, la réponse est très claire, c'est à l'heure de sa mort sur la croix. C'est-à-dire l'heure où, par pur amour, Jésus se donne entièrement. C'est à ce moment précis que Dieu est glorifié de manière inégalée, unique. La gloire de Dieu n'a donc rien à voir avec nos gloires humaines. Elle ne se situe ni dans la puissance, ni dans l'intelligence ni dans la science, la technique ou l’art mais uniquement dans l'amour.
Cette gloire de Dieu, qui éclate donc sur la croix, Jésus la manifeste déjà tout au long de sa vie. En effet, jour après jour, Jésus parcourt son pays pour aller vers ces innombrables personnes qui, à cause de leurs impuretés, se croient maudites de Dieu. Ce sont les pauvres, les malades, les infirmes, les lépreux, et tant d'autres rejetés. Sans se lasser, Jésus leur annonce que Dieu, loin de les maudire, les aime en priorité. « Les derniers seront les premiers » ! Il parviendra à en convaincre quelques-uns, qui sortiront bouleversés de cette rencontre. Libérés intérieurement par pure grâce, ils changeront de vie. Jusque, dans pas mal de cas, en sortir guéris physiquement. A chacune de ses rencontres libératrices, Jésus révèle déjà quelque chose de la gloire de Dieu, c'est-à-dire quelque chose de son amour.
Or les autorités religieuses avaient déclarés « maudits », donc loin de Dieu, justement tous ces pauvres, malades, infirmes. Par sa manière d'être, Jésus s'oppose donc frontalement à ces autorités. Il s'est donc passé cette chose étrange que le bien que Jésus fait au nom de Dieu, révélant ainsi l’amour de son Père, ce bien excite la colère des autorités sur lui, jusqu'à projeter de l'éliminer. Ils sont tellement convaincus que la vraie grandeur de Dieu c'est sa puissance, sa capacité de faire triompher l'axe du bien, et d'anéantir l'axe du mal ! Un tel Dieu ne guérit pas les malades et infirmes, il les condamne, comme le prétendait aussi Jean Baptiste (*). Malheur à qui prétend le contraire !
Ainsi au cours de son dernier repas avec ses amis, Jésus leur donne-t-il un témoignage de plus de la gloire de Dieu : il leur lave les pieds. Ensuite il leur partage le pain. Dès lors, chaque fois que nous, nous recevons ce modeste pain de vie qui nous unit à Jésus, chaque fois nous communions à la gloire de Dieu. Et nous nous remplissons de l’humble force de son amour.
C’est par cette force de Jésus en nous que nous sommes invités à refléter la gloire de Dieu. Qui n'est pas à chercher, répétons-le, en de grandioses célébrations liturgiques, ni en de glorieux monuments, fussent-ils cathédrales ou basiliques mais, selon Jésus, dans l'accomplissement du commandement nouveau : « Comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres. » Jésus ne nous propose pas d'égaler son amour, il nous propose de marcher dans cette direction. Et nous savons que nous n'aurons jamais fini d'y avancer.
Jésus conclut ses propos : Ce n'est pas à la dimension de notre Église, ni à ses brillants discours et traités, ni à son influence politique et religieuse, ni même à ses prières et prestigieuses liturgies qu'on reconnaîtra les chrétiens comme ses disciples mais à l'amour qu’ils auront les uns pour les autres. Ainsi seulement refléterons-nous la gloire de Dieu. Et aimer, c'est partager, s'entraider, pardonner, respecter chacun, semer la paix, la justice, le droit, etc.
(*) Matthieu 3, 10.